Concert du 1er février 2009 présenté
par Bernard Denet
Bienvenue à tous pour ce troisième concert des Musicales de Saint-Rémy.
Tout d’ abord un grand merci à Monsieur le Curé qui nous accueille dans sa belle église et à Patrick de Chefdebien pour ses bons offices coutumiers.
Nous tenons aussi à témoigner notre grande reconnaissance à nos deux mécènes,
M. Armand Méttraux et à la société COLAS, grâce à la générosité desquels l’association Thèmes Variés peut organiser les Musicales de Saint-Rémy.
Comme vous le savez, selon le vœu de Monsieur le Curé, l’entrée de l’église est libre ;
la sortie aussi. Il ne vous est cependant pas interdit, si ce n’est déjà fait, de contribuer aux frais du concert en mettant votre participation dans la corbeille à la sortie de l’église.
Le prochain concert aura lieu dans cette église le dimanche 5 avril à 17H45. Blandine Dumay-Mittelham, la directrice musicale des Musicales de Saint-Rémy, nous a organisé un programme aussi original qu’intéressant : guitare et luth du XVI° siècle à nos jours, avec Vincea McClelland et Raymond Cousté. Nous avons vraiment beaucoup de chance qu’ils acceptent de venir car ce sont d’exceptionnels virtuoses qui passent leur temps entre New-York, Tokyo, Pékin, et Paris. Leur prestation est vraiment impressionnante….
Ils sont aujourd’hui parmi nous et je voudrais vous les présenter. Ils vous distribueront le programme de leur concert à la sortie.
Comme d’ habitude, le concert sera suivi d’un dîner-buffet à l’auberge de la Garenne en compagnie des artistes, et je ne saurais trop vous recommander de réserver car nous devons hélas à chaque fois refuser des réservations.
Un dernier petit point : si vous n’êtes pas encore inscrits sur notre lettre d’information, vous pouvez inscrire vos noms et adresses mail sur les feuilles qui sont sur la table à la sortie de l’église. Vous serez ainsi tenus au courant très en avance de nos prochaines manifestations.
Enfin une requête. N’applaudissez pas entre les morceaux ou les mouvements. Attendez que les artistes aient l’air encore plus détendues et souriantes que d’habitude pour applaudir….
:: Trois pièces op. 73 de Robert Schumann
Robert Schumann, « le confident des âmes et des fleurs » selon Proust, est né en 1810 dans une décennie ô combien fertile en talents artistiques puisque Schubert, Berlioz, Chopin, Liszt, Wagner, Verdi, Mendelssohn, Delacroix et Baudelaire sont nés à cette époque.
Très proche de poètes comme Heine et Goethe, écrivant lui-même des poésies, Schumann est le compositeur littéraire par excellence. Il illustre à la perfection la figure du romantique passionné. On dira même de lui qu’il est le « Romantique des Romantiques ».
Mais savez-vous au moins, chers amis à quoi l’on reconnait un romantique passionné ?
Eh bien, je vais vous le dire : à ce qu’il n’hésite pas à intenter un procès pour obtenir la main de celle qu’il aime !
Le jeune Robert Schumann était très épris, et depuis longtemps, de la fille de son professeur de piano, une jeune et belle pianiste appelée Clara Wieck. Le père de l’objet aimé s’opposait au mariage car il pensait qu’il mettrait fin à la carrière de virtuose de sa fille chérie. Le jeune couple décide alors de solliciter rien moins que l'autorisation de la cour d'appel de Leipzig pour passer outre le refus paternel. Le tribunal tranche en leur faveur : le 12 septembre 1840, Robert Schumann épouse Clara qu’il appellera « l’ange gardien se son génie ».
Ils eurent huit enfants et s’aimèrent jusqu’au dernier jour.
Mais Robert Schumann n’était pas qu’amoureux. Il lui arrivait, figurez-vous, d’écrire de la musique !
Remarquable improvisateur, doué d’une imagination débordante, il était tout entier
« habité » par la musique, au point qu’il confiera à son frère Julius : « Toute mon intelligence, tout mon travail, sont tellement absorbés par l’art, que j’en désapprends l’écriture allemande et la forme de ses lettres. Si je pouvais tout dire en musique, l’univers serait émerveillé de mes pensées ». Et il poursuivait : « Et d’ailleurs, contrairement à toute attente, il est émerveillé. »
Après une telle saillie, on comprend pourquoi Liszt disait de son grand ami Schumann qu’il avait « une espièglerie réjouissante et un comique génial »
C’est à l’apogée de la carrière de Schumann, en 1849, que les trois petites pièces que nous allons entendre sont composées en deux jours. Ecrites originellement pour piano et clarinette, elles expriment toute la palette des sentiments et des émotions : les indications de Schumann vont en effet de « tendre avec expression », à « vif et léger », puis « rapide et avec feu ».
Ces trois pièces sont écrites dans la tonalité préférée de Schumann, le la mineur.
Le « la » mineur est favorable à l’expression de la nostalgie mais c’est surtout, pour Schumann, la tonalité qu’il associe à sa chère Clara.
Nous sommes dans une église, écoutons maintenant ces trois pièces très inspirées, en pensant à ces mots de Schumann lui-même :
« La musique est ce qui nous permet de nous entretenir avec l’au-delà »
Blandine Dumay-Mittelham au piano et Patricia Neels au violoncelle vont nous en apporter la preuve.
Concert du 16 novembre 2008 présenté
par Bernard Denet
Chers Amis,
Nous sommes très heureux de vous accueillir pour ce deuxième concert des Musicales de Saint-Rémy.
Je voudrais tout de suite remercier tous ceux, et vous êtes nombreux, qui ont adhéré à l’association Thèmes Variés, créée sur une idée de Blandine Dumay-Mittelham. Nous sommes déjà 55 membres de l’association, n’hésitez pas à nous rejoindre : les cotisations annuelles ne sont que sont de 10€ et, encore une fois, plus nous sommes nombreux, plus nous justifierons des subventions.
L’église était presque pleine lors du premier concert et ce soir nous avons dû refuser du monde : c’est vraiment très encourageant.
Nous voudrions surtout remercier nos deux mécènes, M. Méttraux et M. Delus de la société Colas, sans qui l’association ne pourrait envisager de continuer à organiser des concerts. Ils tiennent à rester discrets mais il ne m’est pas interdit de vous demander de les applaudir, eux et Blandine Dumay-Mittelham.
Je vous remercie aussi tous par avance de votre contribution aux frais de ce concert que vous pourrez déposer, si ce n’est déjà fait, à la fin du spectacle. Le barème est le suivant : Si vous êtes furieux d’être venus, vous pourrez vous servir (modérément) dans la corbeille. Si vous êtes légèrement déçus, ne donnez rien ; mais, si vous êtes contents, n’hésitez surtout pas à contribuer…. Et éventuellement à vous inscrire à l’association Thèmes Variés.
Merci beaucoup à Cathy et à Hervé qui nous reçoivent ce soir, ainsi qu’à Jacqueline pour leur charmante hospitalité. Les frais des repas seront à régler à Hervé quand nous nous quitterons.
Le prochain concert aura lieu le dimanche 1 février à 17H30 à l’église. Au programme deux œuvres pour piano et violoncelle : la fameuse sonate, si émouvante, de Franck (elle a été composée pour piano et violon ou violoncelle) et une superbe œuvre, très entraînante, de Piazzola. Elles seront interprétées par Blandine Dumay-Mittelham et par Patricia Neels.
Le concert sera suivi, pour ceux qui le souhaitent, d’un dîner-buffet ici à l’auberge de la Garenne. Réservez en avance car, lors du premier concert, comme ce soir, Cathy et Hervé ont dû refuser des convives.
Nous vous convions maintenant à un petit voyage dans le temps.
Beaucoup d’entre vous n’auront aucun mal à imaginer l’époque où l’on vivait sans télécharger les œuvres musicales. Vous n’aurez aucun mal non plus à vous souvenir du temps où il n’y avait pas de CD : c’était quand même il y a trente ans. Plus difficile d’imaginer les temps anciens où il n’y avait pas encore de disques vinyle ; je vous donne un indice : ils sont apparus la même année que moi ! Presqu’impossible enfin d’imaginer les temps antiques où il n’y avait ni phonographe, créé en1898, ni la radio, inventée en1897.
Nous sommes arrivés au terme de notre bref voyage dans le temps : aucune de ces merveilleuses techniques n’existe. Il n’y a que cent-dix ans. Ce sont les années 1900.
Mais c’est la Belle Epoque. C’est une période d’exécutions musicales raffinées à domicile, où les grandes dames recevaient des amateurs éclairés dans leur salon.
La musique vocale occupait une place très importante dans les salons des années 1900 : on y rencontrait de nombreux chanteurs-amateurs; les écoles de chant prospéraient. Toutes les jeunes filles de la bonne société jouaient du piano et avaient leur professeur de chant.
Je vous laisse apprécier ce que Reynaldo Hahn, le grand maître de la mélodie de cette époque en France, compositeur, chef d’orchestre, directeur de l’Opéra, en dit dans son opuscule « Thèmes Variés ». Il était sans doute légèrement excédé par ces jouvencelles :
« Je demande un châtiment sévère pour les jeunes filles qui chantent mal, quand elles ne sont pas ravissantes ; la peine de mort pour celles qui s'accompagnent elles-mêmes en regardant la musique, sans mettre la pédale ; la peine de mort, précédée de flétrissure publique et de torture pour celles qui s'accompagnent par cœur en faisant de fausses basses et en mettant la pédale tout le temps. »
Mais quittons l’anecdote pour revenir dans notre salon. Le terme de salon a quelque chose de chatoyant et de chaleureux. Il désigne la pièce d'apparat de la demeure, mais il qualifie aussi, et c’est le cas ce soir, le lieu de rencontre d'esprits exigeants, avancés, parfois même excentriques, se groupant pour le plaisir de la délectation artistique et de la conversation autour d'une femme du monde intelligente
C’est cette ambiance que nous avons voulu recréer.
Nous avons été conviés ce soir par la Comtesse de Saint-Rémy l’Honoré à l’une de ces soirées musicales qu’elle affectionne tant. Nous sommes tous venus, des environs et de villes plus lointaines (certains viennent même des confins de Vincennes), peut-être parce que nous aimons les réceptions de la Comtesse, sans doute parce que nos papilles sont en émoi à l’idée de ce que Cathy et Hervé nous auront préparé pour le dîner, et certainement à l’envie de découvrir, avec le privilège des initiés, des œuvres de musique que peu de gens connaissent.
Ce soir la comtesse se délecte : elle nous a réservé une surprise qu’elle nous a rapportée de son récent voyage en Italie : elle va nous faire découvrir un nouvel instrument à vent que l’on ne fabrique que depuis 37 ans dans les environs de Castelfiardo; inutile de vous dire qu’il est inconnu de notre côté des Apennins.
C’est un instrument à vent à clavier, polyphonique, utilisant des anches libres (vous savez tous ce dont il s’agit : donc je ne vous en parlerai pas !). Son exécutant est un véritable homme-orchestre, comme vous l’allez voir.
Dans les premiers temps, comme pour tous les nouveaux instruments, chacun y est allé de son appellation : cela va de définitions presque triviales : dépliant, calculette prétentieuse, soufflet à punaises, boîte à soufflet, aux évocations plus émouvantes : boîte à frisson, boîte à chagrin, boîte du diable, et, celle que je préfère, branle-poumons. Plus tard, Léo Ferré le chantera sous un autre nom avec ces paroles : « Il est éclectique : sonate ou java, concerto, polka, il aime la musique ».
La comtesse est toute heureuse de vous faire connaître ce nouvel instrument qui « aime la musique » et d’ajouter ainsi à l’intérêt de ses soirées musicales. Elle a demandé à l’un des plus éminents interprètes du branle-poumons, Michel Glasko, de venir nous le présenter.
Nous accueillons Michel Glasko.
L'importance du chant dans les salons en 1900 explique la grande vogue que connut la "mélodie".
Qui, mieux que Reynaldo Hahn, un intime de Proust, pourrait définir la "mélodie de salon" :
« La mélodie pour chant et piano est essentiellement de la musique de chambre, c'est à dire de salon. C'est pour les salons, qu'on le sache bien, pour des réunions intimes ou mondaines que furent composés les plus beaux lieder, les plus belles "mélodies", pour des auditoires restreints , pour des esprits cultivés , et non pour des foules, ni surtout pour des assemblées de gens austères, dédaigneux de tout agrément facile, rebelles à toute inspiration séduisante ou riante, ennemis de tout ce qui peut plaire ou charmer. »
Aux gens austères et dédaigneux (il n’y en a pas parmi nous), aux critiques arrogants qui croient bons d’être négatifs pour établir leur science, je raconterai cette histoire authentique d’Arthur Rubinstein avec la veuve de Balakirev. (Rimski, Borodine, César Cui, Moussorski)
Très impressionné et surtout ému, il était encore assez jeune pianiste, Rubinstein rencontre la veuve de Balakirev qu’il admirait tant (pas la veuve !). Balakirev avait composé Islamey, la pièce pour piano considérée comme la plus difficile du répertoire. Peu d’artistes s’y risquaient.
- Je dois vous avouer ma honte, Madame, je supprime des notes à certaines œuvres de votre mari.
- Ne vous inquiétez pas, Cher Monsieur, répond Madame Balakirev, mon mari était très conscient qu’il écrivait beaucoup trop de notes…..
Voilà pour les critiques et les fâcheux, mais retenons surtout les derniers mots de Reynaldo Hahn qui résument parfaitement l’esprit de notre réunion. Ecoutez-les bien, c’est tout notre programme : séduire, plaire et charmer et rire.
Je vous le promets : vous rirez avant la fin du spectacle
Il ne serait d’ ailleurs pas étonnant que l’un ou l’une d’ entre vous, de retour à son domicile, ne se précipite pour écrire à un être cher :
« Soirée délicieuse chez la comtesse de Saint-Rémy.
Au programme de nouvelles mélodies de Brahms, Glinka, Dvorak, Chopin et d’autres.
Nous avons même écouté le fameux air de la cigarière de Bizet. Il a été aussi chaleureusement applaudi qu’il avait, parait-il, été décrié il y a presque vingt ans, lors de la première à l’opéra. Vous voyez, Chère Amie, comme les goûts changent…
Nous avons aussi entendu des mélodies plus populaires et quelques airs argentins : quelle musique originale et dépaysante !
Les interprètes, Anne Gotkovski et Emmanuelle Biscara, deux amies charmantes de notre hôtesse, ont confirmé la réputation de leur grand talent.
J’oubliais : Madame de Saint-Rémy nous a fait découvrir un nouvel instrument à vent venu d’Italie : le branle-poumons. C’est un autre ami de la comtesse, Michel Glasko, qui nous l’a fait découvrir avec maestria.
Vous auriez dû venir : tous les convives souriaient de plaisir. C’était vraiment une heure exquise. »
Nous accueillons Anne Gotkovski, Emmanuelle Biscara et Michel Glasko
Pendant que nos amies reprennent leur souffle, je voudrais vous dire que mon ami Julien Lepers, sachant que nous constituions un aréopage de musiciens avertis, voulait tester sur vous la dernière question de sa finale pour des « super champions ».
La récompense est exceptionnelle, il s’agit d’un baiser de Blandine Dumay-Mittelham.
Je suis un compositeur
Je suis mort à Passy près de Paris il y a 140 ans et 3 jours.
Je déteste Wagner
Un jour je jouais du piano devant mes élèves
Très étonné par la cacophonie qu’ils entendaient, l’un d’ entre eux s approche et voit que la partition est à l’ envers.
Maître, me dit-il, votre partition est à l’envers
Oui, répondis-je, c’est du Wagner. Je l’ai jouée à l’endroit : c’est affreux et je trouve que c’est moins mauvais à l’envers…
J’ai écrit de nombreux opéras
Je me suis intéressé aux archers, aux barbiers, aux femmes de ménage devenues princesses
Qui suis-je ?
Je suis Gioacchino Rossini
J’ai enfin trouvé trois interprètes exceptionnels pour jouer mon inoubliable « Duo des Chats ».
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Présentation du concert
du 19 Octobre 2008 par Bernard Denet
Trios de Beethoven et Mendelssohn
Tout d’abord un grand merci au Père Saffrey, curé de Saint-Rémy et à M. Simonin, notre maire, pour nous avoir permis d’utiliser l’église pour ce premier concert des Musicales de Saint-Rémy l’Honoré.
« Le rythme et l'harmonie sont particulièrement propres à pénétrer l'âme », écrivait Platon.
C’est vrai pour la musique religieuse mais aussi pour la musique profane et les deux trios que nous allons entendre vont effectivement nous pénétrer l’âme….
Platon ne saura jamais si Blandine Dumay-Mittelham, qui habite Saint-Rémy, l’a relu avant de créer les Musicales de Saint-Rémy l’Honoré. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’elle a toujours œuvré pour mettre la musique à la portée de tous et qu’elle continue à beaucoup donner d’elle-même pour montrer que la musique est affaire de plaisir, quel que soit le niveau de nos connaissances.
Dans son esprit, l’objectif des Musicales de Saint Rémy est bien de mettre la musique à la portée de tous.
Il faudra soutenir les Musicales car, plus elles auront de soutiens, plus souvent il y aura à Saint-Rémy des concerts de qualité, classiques ou moins classiques.
A ce sujet nous tenons à remercier très chaleureusement les premiers membres de l’association « Thèmes Variés », qui organise les Musicales, mais surtout deux habitants de Saint-Rémy : M. Armand Métreaux qui a financé le piano et, M. François Delus, de la société Colas, nos très généreux mécènes. Nous ferons en sorte d’être à la hauteur de leur soutien.
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Le concert de ce soir comporte deux parties séparées par un entracte.
Nous entendrons deux trios pour piano, violon et violoncelle.
- D’abord le trio n°3 opus 1 en ut mineur de Beethoven
- Puis le trio n° 1 en ré mineur opus 49 de Félix Mendelssohn.
Trio op. 1 n°3 Beethoven en ut mineur
Pour piano violon et violoncelle
Beethoven, comme vous le savez tous, vécut à la charnière entre le XVIII° siècle classique et le XIX° romantique. Il nait à Bonn le 17 décembre 1770, un an après Napoléon, et meurt à Vienne le 26 mars 1827, à 57 ans.
Le père de Beethoven est musicien à la cour de l’électeur de Cologne mais aussi un alcoolique notoire ; sa mère est fille de cuisinier : cela n’a manifestement pas bridé le talent de Beethoven qui, jeune pianiste prodige, compose sa première œuvre dès l’âge de 12 ans.
En 1793, deux ans avant la composition des trios de l’opus 1, Haydn, son illustre professeur, lui écrivait : « Vous avez beaucoup de talent et vous en acquerrez encore plus, énormément plus. Vous avez une abondance inépuisable d’inspiration, vous aurez des pensées que personne n’a encore eues. Vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ».
C’était prémonitoire ! Victor Hugo renchérira plus tard en une belle phrase : « Beethoven est une magnifique preuve de l’âme».
Mais Beethoven avait aussi un sacré tempérament et, vous allez le voir, une conscience aigüe de son talent :
L’histoire se passe en 1806, un an après Austerlitz. Beethoven séjournait dans le château de Silésie du prince Karl de Lichnowski qui l’hébergeait depuis plus de dix ans à Vienne. Le château du prince était alors occupé par des officiers français.
Beethoven refuse énergiquement de jouer au piano devant eux. On le menace de le mettre aux arrêts. Il persiste, se querelle avec le prince, le quitte sur le champ et lui fait parvenir ce billet qui se passe de commentaires :
« Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. »
Revenons onze ans en arrière, en 1795. Beethoven a 25 ans, il compose ses trois premiers trios et donne son premier concert en public.
Ses œuvres de l’époque reflètent, le plus souvent, le côté classique de Mozart et Haydn, qui l’ont tous deux beaucoup influencé.
Mais tout change avec le trio avec piano n°3, en do mineur : c’est une œuvre charnière, et c’est l’œuvre de Beethoven qui, paraît-il, a le plus marqué son époque.
Pourquoi ? Parce que nous y voyons les premières expressions de la révolution que Beethoven allait apporter à la musique. Nous assistons à la transition entre le monde classique et le monde romantique.
Beethoven apporte des sonorités nouvelles ainsi que des rythmes et des élans nouveaux. En outre, il modifie complètement la conception du trio avec deux changements majeurs :
- le violoncelle participe pleinement à l’intérêt mélodique au même titre que les deux autres instruments. Au début du XVIII° le violoncelle n’était qu’un instrument d’accompagnement : la mélodie était exprimée par le violon et la main droite du piano. La main gauche du piano et le violoncelle n’étaient là que pour accompagner la ligne mélodique.
- le trio comporte pour la première fois quatre mouvements au lieu de trois, dont un mouvement lent et un scherzo ou menuet.
Les mouvements du trio n°3, que nous allons entendre, sont :
1. Allegro con brio (ut mineur) tonalité qui suggère toujours une haute tension dramatique.
2. Andante cantabile con variazioni (mi bémol mineur)
3. Menuetto. Quasi allegro (ut majeur) — Trio (ut majeur)
4. Finale. Prestissimo (ut mineur)
Haydn assistait à la première représentation du trio n°3 chez le prince Karl de Lichnowski qui hébergeait Beethoven et à qui le trio était dédié. Il a dû réaliser avec effroi qu’il venait d’assister à un évènement très important : il fut très critique et suggéra même à Beethoven de ne pas publier son trio n°3. Beethoven en prit ombrage car il prit cela pour de la jalousie, d’autant plus qu’il pensait, lui, que son trio n°3 était le plus réussi.
Je vous laisse déterminer qui avait raison...
Ce soir, nous avons le privilège d’accueillir trois artistes internationales, trois dames de grand talent, pour interpréter ce trio n°3 de Beethoven :
- Patricia Neels au violoncelle
- Veronika Kadlubkievicz au violon
- Blandine Dumay-Mittelham au piano
Vous avez pu voir que nous avons la chance d’accueillir des artistes de grand talent.
Je voudrais, pendant qu’elles finissent de reprendre leurs esprits et avant de vous présenter le trio de Mendelssohn, vous les présenter très brièvement. Vous avez tous les détails dans vos programmes.
Patricia NEELS
Patricia Neels, violoncelliste, est titulaire d’un des plus illustres orchestres parisiens, les concerts Colonne.
Patricia Neels est aussi une virtuose de l’expérimentation, et c’est en actrice inventive qu’elle contribue à la diffusion de la musique contemporaine, à la recherche de nouvelles esthétiques. D’ailleurs plusieurs compositeurs contemporains lui ont dédié une œuvre.Véronica KADLUBKIEWICZ
Violoniste, Véronika Kadlubkiewicz est une américaine d'origine polonaise qui vit en France.
Elle fait une brillante carrière de soliste en Europe et aux Etats-Unis où elle enseigne dans plusieurs universités.
Blandine DUMAY – MITTELHAM
Médaille d’or et lauréate de plusieurs grands concours internationaux, elle décide de se consacrer principalement à la musique de chambre, parce que, pour elle, je la cite, c’est « un véritable dialogue entre musiciens pour devenir conversation avec le public ».
L’idée fixe de Blandine Dumay-Mittelham est de transmettre la beauté de la Musique et c’est à son initiative que nous devons l’existence des Musicales de Saint Rémy, dans l’esprit de diffuser la musique auprès du plus grand nombre.
Mendelssohn : Trio n° 1 en ré mineur op. 49
Félix Mendelssohn est moins connu que Beethoven mais il a quand même composé à 17 ans un « tube » que tout le monde connaît, la marche nuptiale, tirée du Songe d’une Nuit d’Eté. Nous le connaissons aussi pour sa symphonie italienne et surtout pour son concerto pour violon.
Félix Mendelssohn Bartholdy est né à Hambourg le 3 février 1809, soit 30 ans après Beethoven. Il est mort très jeune, à 38 ans seulement, à Leipzig le 4 novembre 1847.
En fait c’est sa sœur Fanny qui aurait dû être connue car on dit qu’elle était beaucoup plus brillante que Félix. Mais, vous vous rendez-compte, une fille faisant de l’ombre au fils de la maison… A l’époque, elle reçut l’ordre de son père de mettre ses talents en sourdine…
Contrairement à Beethoven, sa jeunesse se passe dans une famille aisée que fréquentent intellectuels et artistes, notamment Hegel et Goethe, chez qui il jouera souvent alors que le vieux poète n’avait accordé, bien des années auparavant, qu’un accueil poli et froid au jeune Beethoven.
Mendelssohn était, comme Mozart et plus que Beethoven, un formidable enfant prodige. Il fait ses débuts en public en tant que pianiste à l'âge de 9 ans et à 10 ans en tant que compositeur. A 12 ans il a déjà composé 5 symphonies pour cordes. A quinze ans il dirige son premier opéra. À seize ans, il a déjà composé ses douze symphonies pour orchestre à cordes, sa première symphonie, cinq concertos pour violon ou pour piano et son fameux octuor à cordes, plus sophistiqué que ce qu’avaient composé et Mozart et Beethoven au même âge.
Il n’est pas étonnant que Mendelssohn ait été considéré de son vivant comme le plus grand compositeur européen.
Ses deux trios pour piano (il en a composé un troisième sans numéro d’opus à 10 ans) s'inscrivent, du point de vue stylistique, entre ceux de Franz Schubert et ceux de Johannes Brahms. On y retrouve les mêmes sonorités que dans le fameux concerto pour violon. Mendelssohn y est au sommet de son art. Il incarne parfaitement la synthèse des acquis classiques et du romantisme allemand.
Le trio n°1 est le plus connu de ses deux trios et Schumann, son très grand ami, écrivit qu’il s’agissait du "trio-maître de son époque".
Il a été achevé en juillet 1839; Mendelssohn avait alors 30 ans. Sa création eu lieu le 1er février 1840 à Leipzig avec Mendelssohn au piano, le violoncelliste Wittmann, et le violoniste David, celui auquel est dédié le concerto pour violon si connu, et dont on dit qu’il participa à la composition.
Il comporte quatre mouvements :
1) Molto allegro ed agitato,
2) Andante con moto tranquillo ,
3) Scherzo : leggiero e vivace ,
4) Finale : Allegro assai appassionato
Loin d’être un trio classique, c’est un morceau de bravoure, une pièce pour un orchestre qui serait constitué de trois artistes virtuoses